Les piranhas, de grands méconnus
Les piranhas sont des poissons bien méconnus. Leur réputation légendaire de tueurs sanguinaires est quant à elle bien répandue et connue de tous. Mais qu’en est-il de la vraie nature de ces poissons mythiques? Les piranhas sont-ils vraiment les voraces mangeurs d’hommes que l’on s’imagine?
La réponse est non. Malheureusement, la réputation des piranhas leur vaut souvent d’être maintenus dans des aquariums mal adaptés à leurs besoins. L’acheteur mal informé risque non seulement d’être déçu, mais aussi d’offrir une qualité de vie médiocre aux poissons en question. De là l’importance de s’informer avant d’acheter.
“Oui mais le gars à l’animalerie m’a dit que…”
S’informer implique de la part du futur acheteur d’aller chercher de l’information auprès de sources fiables sur le sujet. Malheureusement, ce ne sont pas tous les commis animaliers qui connaissent les piranhas. Après tout, ils ne peuvent pas tout savoir!

L’article suivant relate mes connaissances acquises sur le sujet après des années de maintenance de ces poissons, de nombreux échanges avec des passionnés de piranhophilie, ainsi que de nombreuses lectures scientifiques publiées par des éditeurs sérieux. Je vous invite donc à creuser le sujet si cela vous intéresse, mais je vous ai ici écrit un résumé qui, je crois, vous donne un aperçu fidèle de la véritable nature des piranhas.


Premièrement, le milieu naturel des piranhas s’étend sur la presque totalité des fleuves et rivières d’Amérique du Sud. Cependant, les espèces les plus connues se retrouvent principalement dans le bassin Amazonien. N’allez pas penser que dans leur élément naturel, les piranhas sont rois et maîtres! Il sont plutôt d’efficaces vidangeurs qui possèdent de nombreux prédateurs tels que les caïmans (crocodilien), dauphins d’eau douce, oiseaux de proies, loutres et bien d’autres. Ils seront donc plus effrayés par un humain, le prenant pour un prédateur, qu’il n’auront envie de l’attaquer. Il est d’ailleurs fréquent d’observer de nombreux baigneurs dans les eaux amazoniennes ne se souciant guère de se faire attaquer. Le rôle des piranhas est de débarrasser les fonds aquatiques des dépouilles d’animaux et poissons en tout genre, et ils le font de façon très efficace. Ils sont donc principalement charognards. Ils chassent aussi de façon régulière, mais s’en prendront de prime abord aux poissons mal en point ou malades. En ce sens, ils contribuent à garder une Amazone en santé.

“Oui mais moi j’ai entendu dire que des piranhas ça mangent une vache en quelques secondes!”
Bon, voyons cette histoire de plus près. Lors de la saison sèche en Amazonie, le niveau d’eau des fleuves et rivières descend beaucoup. Les piranhas vivant en larges bancs (parfois des milliers), l’espace et l’oxygène commencent alors à se faire rare. Les proies sont aussi plus difficiles à dénicher et les prédateurs s’en donnent à coeur joie de ces bancs de plusieurs centaines de poissons bien entassés et souvent pris dans une mare d’eau isolée par la sécheresse. La compétitivité est à ce moment très forte au sein du banc car seuls les plus forts (et chanceux) survivront. Il va de soit que les piranhas seront aussi plus voraces envers toutes sources potentielles de nourriture. Les dangers pour l’humain demeurent très faibles (l’humain restant une menace éventuelle pour eux) mais il n’est toutefois pas prudent de s’aventurer dans une mare bien pleine de piranhas à ce temps de l’année.
La période basse du fleuve signifie aussi le moment idéal pour les gardiens de troupeaux de faire traverser leurs buffles aux endroits moins profonds des rivières. Là, oui certaines pertes sont fréquemment constatées… des pertes de testicules! Pygocentrus Caribe est l’un des piranhas vivant en banc qui est des plus voraces. Il est aussi connu dans certaines régions du Venezuela sous l’appellation de “Donkey castrator”, ce qui veut dire: castrateur d’âne.
Donc, bien que pas complètement impossibles, les histoires de vaches dévorées en quelques secondes relèvent plus du mythe que de la réalité.
Fait intéressant à propos de ces mêmes caribes: chaque année, à une période précise, les caribes se regroupent dans une rivière au-dessus de laquelle des oiseaux nichent. Les piranhas attendent ainsi qu’un jeune poussin tombe à l’eau pour le dévorer. Le premier envol est donc vital pour ces oiseaux; c’est soit la réussite, soit la mort. Au fil des ans, les caribes se sont conditionné à cet événement qui en fait, est plutôt un buffet pour eux!
Voici un lien montrant bien cet événement, bien que la narration soit exagérée…
Mais revenons-en à nos moutons… ou à nos poissons.
L’Amazone est donc un milieu stressant et dangereux pour les piranhas. Ils doivent constamment être sur leurs gardes et miser sur l’union afin de survivre. Bien équipés d’une impressionnante dentition servant à déchiqueter les lambeaux de chair des carcasses, les piranhas sont aussi des chasseurs occasionnels qui choisiront judicieusement leur proie afin d’éviter tout risque de blessure. La saison sèche étant très dure, la compétitivité semble permanente au sein du banc, chacun se battant pour avoir un morceau de plus que son voisin. Tous ces comportements se reflètent également dans nos aquariums.

Constamment à l’affût d’éventuels prédateurs dans leur milieu naturel, les piranhas demeurent des poissons plutôt craintifs en aquarium. Ils auront tendance à se regrouper et à se cacher au moindre mouvement brusque devant le bac. À cet effet, il est important de leur procurer maintes cachettes afin qu’ils ressentent une certaine sécurité. Un aquarium généreusement planté avec quelques racines devrait faire à merveille! Sortez-vous ainsi de la têtes l’idée que vos piranhas tenteront de vous dévorer les doigts lors des nettoyages! Ils resteront dans leur coin, le plus loin possible de vous. Si vous les coincez, il n’est pas dit qu’il ne tenteront pas de vous mordre afin de pouvoir s’enfuir à l’autre bout du bac. Les incidents du genre sont toutefois très rares (bien que certaines espèces soient plus à risques de vous blesser que d’autres). Vous devrez vous armer de patience si vous voulez assister à une séance de nourrissage au vivant. Ceci dit, avec un brin d’efforts et de persévérance, vous aurez la chance d’admirer les tactiques d’embuscade et la chasse communautaire qui est oh combien impressionnante. À noter que le régime alimentaire devrait respecter la nature charognard du piranha et être principalement composé de poissons morts (filets, crevettes congelées, éperlans, etc.). Étant goinfre de nature, le piranha vous “cochonnera” votre aquarium en un rien de temps. Une filtration imposante est de mise. On parle ici d’une puissance de filtration d’au moins trois fois le volume total de l’aquarium par heure.
Pour les colocataires
Il existe 3 règles de base concernant la cohabitation de piranhas avec d’autres poissons:
- plus vous les habituez à manger du vivant, plus ils verront les colocataires comme de la bouffe
- plus les piranhas seront gros et les colocataires petits, moins ces derniers seront intéressants à chasser
- RIEN N’EST GARANTIE AVEC DES PIRANHAS!
Ceux désirant voir leurs protégés s’attaquer plus rapidement aux proies vivantes opteront pour un bac de piranhas seulement, car la cohabitation sera pratiquement impossible. Cette option implique malheureusement aussi que l’aquariophile ne bénéficiera pas d’un précieux coup de main pour l’entretien que pourraient lui filer ancistrus, crosso siamensis, platydora, et autres. C’est aussi sans compter les petits poissons ornemantaux comme les tetras et danios qui peuplent bien un bac de piranhas et qui mangent les miettes de poissons déchiquetés.
À noter que les plus gros poissons comme pleco, ancistrus, platydora et autres nettoyeurs de grosse taille devraient être introduit avant les piranhas, de préférences avec des piranhas de taille juvénile. Après, chacun tente ses propres combinaisons; parfois ça fonctionne, parfois non.
Avant de continuer, nous voudrons maintenant faire la différence entre les deux grands genres de piranhas: les pygocentrus et les serrasalmus.
Les Pygocentrus

Les pygos sont les piranhas vivant en larges bancs. Le genre pygocentrus ne compte que trois espèces. La plus répandue de toutes en milieu naturel ainsi que dans le hobby est Pygocentrus nattereri, ou piranha à ventre rouge. De façon générale, les pygos sont des poissons grégaires vivant en bancs de plusieurs dizaines, voir plusieurs centaines d’individus. Il est possible de maintenir un banc mixant différentes espèces de pygos. Ces poissons ont une croissance très rapide et devraient donc être achetés en bas âge par le futur propriétaire, et être mis dès le départ dans leur bac définitif. On reconnaît facilement le genre pygo à la forme convexe du lobe frontal du poisson.
Les Serrasalmus

Les serras sont beaucoup plus nombreux dans leur genre. Les juvéniles sont toutefois très faciles à confondre d’une espèce à l’autre. Bien que vivant parfois en petits bancs dans la nature, ces poissons sont beaucoup plus territoriaux et devront donc être maintenus seuls en aquarium. Les serras grandissent très lentement. Un aquariste voulant donc un gros spécimen devra soit s’armer d’une grande patience, soit acheter un spécimen ayant déjà une taille respectable qui coûtera une petite fortune. On reconnaît facilement le genre serrasalmus à la forme concave du lobe frontal du poisson.
Voici une liste des espèces de piranhas
En Conclusion
J’espère que ce texte vous aura aidé à mieux comprendre la nature des piranhas. Ces poissons mythiques souffrent bien trop souvent de leur réputation et gagnent à être connus pour ce qu’ils sont vraiment.
À noter que tous les comportements suggérés par les fiches ci-dessus sont basés sur des généralités. Chaque poisson a son propre caractère, mais risque fortement de se conformer aux comportements décrits.
Si le sujet vous intéresse, il y a tant de choses à lire sur ces poissons et le net en est rempli. Les sites peignant un portrait plus juste de ces bêtes sont de plus en plus nombreux alors je vous invite à lire sur le sujet et vous faire votre propre idée. Mon but était de sortir les grandes lignes, tout en tentant d’informer les consommateurs sur les poissons que l’on retrouve par chez nous.
Je recommande fortement aux lecteurs intéressés de se procurer les livres de David M. Schleser qui est un chercheur Allemand reconnu dans le domaine. Frank Magallanes est aussi un pilier dans la recherche sur les piranhas. Son site est bien connu des amateurs: www.opefe.com

Rédigé par Leg89, membre du forum